A la rencontre du corps

CORPS, PEAU & ELLES

“J’oublie ce qui coince dans mon corps. J’oublie les regards, les douleurs.
Je m’oublie.”

J.

Notre corps et/ou notre peau sont parfois des barrières, subjectives ou objectives, pour avancer dans notre quotidien. Ces cicatrices, ces complexes, peuvent être des faiblesse ou des forces, selon l’importance que l’on accorde aux regards extérieurs, mais aussi au nôtre sur notre propre personne. Mais il faut réussir à dépasser ces barrières, à ne pas s’arrêter devant, pour aller de l’avant, avancer, réussir ses projets, ses rêves. Parfois, les blessures sont invisibles, générant ainsi l’incompréhension et les regards suspicieux de l’entourage plus ou moins proche. Un jour dansant facilement, l’autre bloquée avec canne, ceinture dorsale et minerve : tel est mon quotidien. Un dos tordu, des hernies, un bassin abîmé sans que l’on sache pourquoi… Tout cela a créé des douleurs chroniques, plus ou moins régulières, plus ou moins violentes, et plus ou moins liées à mes “désordres émotionnels”. Mais leur irrégularité m’a apporté aussi quelques regards et paroles blessants : fabulation ? Hier j’allais bien… Exagération ? Tout le monde a mal au dos, hein… Et puis, pas de cicatrices, pas d’opérations, cela ne doit pas être si grave, si douloureux… Alors on se tait. On se tait et on sert les dents. Plusieurs médecins m’avaient déconseillé d’avoir un enfant. Comme quoi je n’aurai la force d’en n’avoir qu’un seul à limite, et que je devrai être assistée pour l’élever tellement j’aurai du mal à m’en occuper seule. Notre petit pirate a 7 mois, et… je marche, je cours, je monte et descends les escaliers une bonne vingtaine de fois par jour ! Le corps fait des siennes encore parfois. Mais rien à voir à l’avenir si sombre que l’on me prédisait.

La ceinture dorsale et la minerve représentent la rigidité que mon corps m’impose parfois. Mon violoncelle, lui, me permet de m’évader, d’oublier quelques instants les douleurs, l’emprisonnement dans lequel je me trouvais parfois. Cet instrument si beau, tout en courbes et en pointes, dont la voix est si proche de celle de l’humain… J’en joue très très mal (j’ai jamais été une reine de l’assiduité), mais lorsque je m’y mets, je me sens… fluide. Légère. Souple. J’oublie ce qui coince dans mon corps. J’oublie les regards, les douleurs. Je m’oublie.

Pourquoi avoir choisi ce projet ? C’est avant tout parce qu’il arrive à montrer la sensibilité du corps de la femme, à le rendre fragile, à montrer ce qu’il peut endurer, sans pour autant faire défaut à notre part de féminité. Le corps de la femme est fascinant, il peut endurer des tas de blessures, être marqué à vie, passer effroyablement à côté de la mort et pourtant en ressortir indemne. Ou presque.

Avant ma greffe cardiaque, j’avais perdu 20 kilos. Chaque fois que je me regardais dans le miroir, c’était une étrangère sur le point de mourir qui me fixait. Puis, miracle, un cœur ! Je me suis réveillée avec un énorme pansement au milieu de la poitrine, avec des effets secondaires aux médicaments surprenants et choquants. Les kilos, j’ai pu vite les reprendre et les effets néfastes de certains médicaments avaient fini par disparaître, il ne restait alors que cette cicatrice. Elle était si rouge, gonflée… Ce n’était pas un cadeau que les chirurgiens m’avaient fait, ils avaient détruit, abîmé, dégradé, le corps de femme que j’avais autrefois. J’avais du mal à la regarder, du mal à la toucher, je craignais le regard des autres, le regard des garçons. Une cicatrice en plein milieu de la poitrine, c’est comme avoir un bouton sur le nez, ça ne passe pas inaperçu ! Alors on la cache, on essaie de le cacher aux autres qui déjà me dévisageaient par rapport au masque que je devais porter. C’était vraiment dur à assumer. Un jour, au supermarché, une petite me dévisage à cause du masque et dit à sa maman : « t’as vu ! C’est comme chez le dentiste ! ». Ça m’a fait tellement rire, que j’en ai oublié le masque, la greffe… Puis, on finit par se dire que cette cicatrice fait partie de vous, qu’elle vous rend unique, que c’est le sacrifice d’une vie pour en sauver une autre.

Elle fait partie de moi, de mon passé, c’est la réussite d’un combat pour ma survie. Et ce petit ours, avec le cœur qu’il tend, est la chose qui ne m’a pas quitté depuis ma greffe, je dors avec lui chaque nuit. C’est le cœur qu’on m’a donné quand le mien ne fonctionnait plus.

“C’est le cœur qu’on m’a donné quand le mien ne fonctionnait plus.”

P.

“J’oublie ce qui coince dans mon corps. J’oublie les regards, les douleurs.
Je m’oublie.”

J.

Notre corps et/ou notre peau sont parfois des barrières, subjectives ou objectives, pour avancer dans notre quotidien. Ces cicatrices, ces complexes, peuvent être des faiblesse ou des forces, selon l’importance que l’on accorde aux regards extérieurs, mais aussi au nôtre sur notre propre personne. Mais il faut réussir à dépasser ces barrières, à ne pas s’arrêter devant, pour aller de l’avant, avancer, réussir ses projets, ses rêves. Parfois, les blessures sont invisibles, générant ainsi l’incompréhension et les regards suspicieux de l’entourage plus ou moins proche. Un jour dansant facilement, l’autre bloquée avec canne, ceinture dorsale et minerve : tel est mon quotidien. Un dos tordu, des hernies, un bassin abîmé sans que l’on sache pourquoi… Tout cela a créé des douleurs chroniques, plus ou moins régulières, plus ou moins violentes, et plus ou moins liées à mes “désordres émotionnels”. Mais leur irrégularité m’a apporté aussi quelques regards et paroles blessants : fabulation ? Hier j’allais bien… Exagération ? Tout le monde a mal au dos, hein… Et puis, pas de cicatrices, pas d’opérations, cela ne doit pas être si grave, si douloureux… Alors on se tait. On se tait et on sert les dents. Plusieurs médecins m’avaient déconseillé d’avoir un enfant. Comme quoi je n’aurai la force d’en n’avoir qu’un seul à limite, et que je devrai être assistée pour l’élever tellement j’aurai du mal à m’en occuper seule. Notre petit pirate a 7 mois, et… je marche, je cours, je monte et descends les escaliers une bonne vingtaine de fois par jour ! Le corps fait des siennes encore parfois. Mais rien à voir à l’avenir si sombre que l’on me prédisait.

La ceinture dorsale et la minerve représentent la rigidité que mon corps m’impose parfois. Mon violoncelle, lui, me permet de m’évader, d’oublier quelques instants les douleurs, l’emprisonnement dans lequel je me trouvais parfois. Cet instrument si beau, tout en courbes et en pointes, dont la voix est si proche de celle de l’humain… J’en joue très très mal (j’ai jamais été une reine de l’assiduité), mais lorsque je m’y mets, je me sens… fluide. Légère. Souple. J’oublie ce qui coince dans mon corps. J’oublie les regards, les douleurs. Je m’oublie.

Les laisser pousser volontairement pendant les deux semaines qui ont précédé cette séance photo, m’a permis de les redécouvrir, de me remémorer mon visage lorsque je n’agis pas dessus et, chose inattendue, de réaliser que le malaise dont ils sont toujours l’objet m’est devenu égal. Je parle des poils qui me permettraient aujourd’hui de porter fièrement le bouc si je n’avais pas fait disparaître la plupart d’entre eux au laser — et j’en éprouve un regret que je ne pensais jamais ressentir au moment où j’écris ces lignes : neuf poils éparpillés sur quatre centimètres carrés, ça n’éblouira plus grand monde.

Avant ces deux dernières semaines, mon rapport avec ces survivants était simple : obsessionnel. Pour ne plus revoir le même dégoût que sur les traits de mon premier amour, ni entendre une quelconque malveillance ou complaisance, chaque millimètre de kératine était traqué. Lorsque je n’avais pas eu le temps, j’enroulais une écharpe en montant bien haut avant de sortir. Je me suis toujours beaucoup abritée sous des écharpes, de manière générale. Respirer dedans me réconforte, me cacher la bouche me donne l’illusion qu’on ne me sollicitera pas…

A chacun et à chacune de ceux qui subissent une introversion semblable à la mienne il y a quelques années, un mal-être à se montrer et à s’exprimer au point de le compenser maladivement par un masque qui dévore trop d’attention pour être entretenu chaque jour, je leur souhaite de saisir – ou mieux, de provoquer – une occasion empêchant d’être parasité par la fausse nécessité d’être socialement impeccable pendant une semaine. De constater après coup l’ampleur du temps consacré à l’apparence et qui n’a permis de rien faire d’autre, ne serait-ce que mentalement. De voir les obstacles à des passions et à des relations dont ils n’osaient pas rêver, tomber un à un. Moi, ce fut en emménageant dans une colocation sans miroir.

“Mon rapport avec ces survivants était simple : obsessionnel.”

C.

“Ok ils sont là mais ils ne m’empêcheront pas de vivre ma vie comme je l’entends.”

L.

Rentrer dans le rang, cacher ses défauts, ses petites imperfections. Ne pas être trop grande, trop petite, trop fine, trop grosse, avoir l’air féminine… Avoir un corps bien lisse, une peau douce et blanche.

La mienne n’a jamais pu être complètement immaculée… J’avais 5 mois quand la maladie est apparue. Mes parents ont tout essayé, les cures, les régimes alimentaires, les crèmes, les marabous, la médecine parallèle… Mais elle était bien plus forte, elle est dans mes gènes. Ainsi quoi qu’on fasse elle fera toujours parti de moi. Elle court sur tout mon corps, elle l’envahit et l’abîme…C’est un sacré cercle vicieux l’eczéma, tu stress pour un truc alors tu te grattes, puis tu stresses de te gratter, donc tu te regrattes. Changement de température, frottements, tout est prétexte à ce qu’il m’envahisse…

Mon eczéma c’est une lame de rasoir, il me transperce, il court sur moi et m’envahit. Je ne pouvais pas manger n’importe quoi, je devais me tartiner de crème matins et soirs, me doucher avec des produits spéciaux, choisir la matière de mes vêtements, je n’osais pas me montrer nue même face aux hommes que j’aimais, j’enfonçais bien mes manches jusque sur mes doigts, ne rien laisser dépasser. Les regards se fixent sur votre peau : « tu es tombée ? » « la vache tu t’es fait bouffer par les moustiques ! » « C’est contagieux ? ». On y lit de la peur, de la gène, du dégoût, de la compassion. J’avais honte de cette peau mutilée, je voulais l’arracher pour en coller une nouvelle, une vraie peau, lisse.

C’est une lame de rasoir parce que quand je vais mal, quand mes peurs ressortent, mes doutes, ma haine tout passe sur ma peau, j’entre en « crise ». J’ouvre toutes les plaies comme on s’ouvrirait les veines, c’est comme pour me punir, j’en tire une satisfaction momentanée, ensuite je vois ce corps en charpie dans le miroir et je me dis que je suis vraiment trop con. Il est toujours là et il sera toujours en moi, j’ai fini par accepter que guérir complètement est impossible, seulement on peu atténuer son effet, le dompter. A force de traitement, avec de la patience et en faisant la paix avec moi-même je réussis petit à petit à soumettre mon eczéma, à sortir la lame de rasoir de moins en moins souvent, à contrôler mes crises. Aujourd’hui, ma peau est presque lisse, j’accepte les plaques quand elles sortent, je traite la crise, j’accepte sa présence. Le mieux avec ses complexes c’est de les affronter en face, les accepter : ok ils sont là mais ils ne m’empêcheront pas de vivre ma vie comme je l’entends.

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